Un vent de Foofwa

Il a surgi de la nuit, a déployé un drap blanc sur le sol, y a plié tranquillement son T-Shirt, puis son pantalon, puis son caleçon, avant de prendre la pose d’un danseur d’olympiade grecque, offrant sa nudité stratifiée à la terrasse bondée d’un restaurant biarrot. Entre un Jurançon sec et un merlu à l’espagnole, Foofwa a failli s’étouffer de plaisir en recevant l’hommage impromptu de ses propres performances. De la part d’un danseur connu pour son élégant auresku. Et depuis peu pour un fandango sans musique, en corps de christ ressuscité, qu’une vidéo immortalise au pied du rocher de la vierge.

Il souffle sur la cité impériale comme une brise folle venue du large depuis que Foofwa d’Imobilité, de son sobriquet, s’est mis en tête d’ambiancer le Temps d’Aimer en plaçant le public au centre du Festival. Et pas seulement entre le chorégraphe suisse et son assistant basque.

Une authentique création se trame dans les locaux des ballets Oldarra et sur l’esplanade du phare. Pour souffler les 25 ans du Temps d’Aimer, cet agité de la performance a levé une équipe de spectateurs au cours d’une audition mutuelle pour n’en garder que la crème. Pas encore celle dont on fait les ballets. « Mais le meilleur groupe que j’ai eu » souffle Foofwa. Rires, inventivités, implications, solidarité, engagement, c’est au mental que ce groupe de 13 et leur Christ basque s’offrent la scène. Avec justement, un grand repas dansant. A Zurich, Paris, Genève, Lyon, Tripoli, Beyrouth, Marseille, Foofwa a déjà expérimenté ces performances qui mêlent gestes du quotidien et habitudes locales dans un grand ballet et sous l’intitulé définitif : Live & dance & die. La messe est dite. Devenu chorégraphe de non-danseurs, cet ancien interprète du Ballet de Stuttgart et de la Merce Cunningham dance company de New York pousse le bouchon dans un grand ensemble qui unira ses moments pêchés dans le monde entier sur une même vidéo, genre de clip ethnologique où toutes les cultures du monde se dandineraient en attendant la mort dans leurs tâches quotidiennes.

 

Esprit de danse

A Biarritz, Foofwa a aussi puisé son inspiration dans la danse basque, en s’appuyant donc sur Kepa Aguirre, Fol en Christ qui batifole et livre sans remords quelques pas de basques et un esprit de danse. « Mais vous dansez comme vous voulez » rappelle Foofwa à sa troupe bigarrée, encourageant le massacre d’un Banako et l’expression sentie et sincère des corps qui se débrident. Tout cela aiguise l’appétit de la troupe qui, en se mettant à table à l’heure espagnole, aujourd’hui même sur l’esplanade du phare, ne fera que débuter son épopée. Leur vidéo voyagera sans eux mais Foofwa a rajouté une cerise sur le gâteau d’anniversaire du Temps d’Aimer.

Comme des lutins surexcités, les danseurs en mauvaise herbe épieront chaque spectacle du festival pour en dérober les gestes et les offrir en partage au public pour une « danse des 25 ans » de clôture. Une grosse bouffe chorégraphique, en somme, qui se clôturera à 25, en faisant revenir sur scène les candidats malheureux à l’audition mutuelle dont Foofwa ne parvient toujours pas à se détacher. Mais pour une danse de la joie, on a le droit de s’attacher à une mamie danseuse qui a passé une vie d’abstinence ou un clubber attiré par le fumet de folie qui entoure cette création. Live & dance & même pas mort. Au fond, Foofwa, ancien danseur auréolé de prix, fils d’une danseuse étoile brésilienne et d’un danseur soliste suisse, révèle l’essence de la danse bien au delà du détail d’un geste ou de son intention. Dans la simple joie des corps. Et c’est contagieux.

Rémi Rivière