Pas de basques

Avec les créations basques, il y a toujours du nouveau. Nouveau concept, nouvelle musique, nouveaux pas, nouveau lieu. La marque peut-être d’un besoin, quand la matière est, à l’inverse, la tradition. Mais surtout le signe d’une créativité à tout crin qui montre la vitalité de notre culture. Cinq pièces et deux expositions proposent cette année un regard sur la danse basque. Pas de quoi en faire une vision exhaustive mais un état de création dans des registres bien distincts. On est bien loin des premières éditions du Temps d’Aimer et des journées dédiées, aux accents folkloriques.

Pour s’en convaincre, il n’y avait qu’à assister, samedi dernier, à la prestation des jeunes danseurs de Bilaka, qui inventent de nouvelles scénographies pour faire respirer Fandango et Banako sur les places publiques. A la scène c’est différent, même si le chorégraphe Jon Maya est aussi dans cette veine et dans les pas de ses aînés. Le même vocabulaire, la même grammaire et un grand saut basque vers le contemporain. La danse basque devient spectacle total. Et suit des portées narratives. Le chorégraphe de Errenteria tricote de l’ambiance, qui s’épaissit et devient histoire. Biarritz se souvient d’Otehitzari Biraka, une œuvre comme un dense Auresku en hommage à Oteiza. Pas celui des saucissons, donc, mais celui qui pliait et dépliait l’espace, justement. Dans la foulée de cette évocation au grand sculpteur basque, il a aussi présenté, dans la cité impériale, l’ode noire aux enfants de la guerre, sobrement intitulée 1937. Cette fois, dépassant la narration, il interroge le processus de création. Dans l’ombre tutélaire de Mikel Laboa et les ressorts de sa poésie, entre Communication et incommunication, selon la formule du chanteur basque qui s’appuyait sur les marges de cette dichotomie pour s’exprimer.

Pour cette pièce, qui sera présentée ce soir au Casino municipal, la Compagnie Kukai dantza renoue avec le Tanttaka Teatro, troupe complice d’œuvres emblématiques. Des comédiens et des danseurs qui se nourrissent des rencontres qui ont jalonné leurs parcours respectifs et remettent au pot-commun leurs expériences. Une scène ouverte à la poésie, où le groupe peut éclater et laisser place aux individualités.

Si Kukai Dantza pourrait être la Compagnie nationale de danses basques, dans sa contemporanéité, la compagnie biarrote Maritzuli serait son pendant dans un centre de recherche. Mais une recherche historique, ou plutôt archéologique. Avec minutie, le chorégraphe Claude Iruretagoyena plonge aux sources des danses basques et en exhume les essences, les intentions, pour en comprendre le « processus dynamique ». Un processus qui fait le lien entre les générations et permet de profiter pleinement des richesses passées. Les danses d’hier dans la fonction d’aujourd’hui. Et les costumes qui refleurissent, les pas qui étaient de côté, les codes que l’on comprend dans leurs fraîcheurs intactes. A l’automne dernier, Maritzuli avait fait renaître à Biarritz l’Ezpata dantza, une danse de l’épée dont le genre remonte au XVIIème siècle et que l’on retrouve dans de nombreuses traditions européennes. Si elle célèbre souvent les fêtes calendaires, elle marque également les moments importants des villages. Pour le Temps d’Aimer, Claude Iruretagoyena invitera dimanche trois autres Ezpata dantza à hisser dans les rues de la ville leurs capitaines de danse sur leurs pavois d’épées et de bâtons. Pour proclamer bien haut ce lien vivant à travers les générations.

 

Rémi Rivière