L’Edito de Thierry Malandain

La fraternité du grand écart

Pour peu qu’on ait la vocation, le grand écart se fait de plusieurs manières. Par glissement, c’est-à-dire en laissant partir tout doucement la jambe tendue sur le talon. C’est la façon la plus commode et la plus courante de procéder, il faut juste de la persévérance pour y parvenir.

Ou sinon en sautant, dans ce cas on exécute un saut en écartant le plus vite possible les deux jambes en l’air avant de retomber au sol. Le goût du risque est là nécessaire, mais l’effet est garanti.

Autrement, pour ceux qui ont le feu sacré, mais pas les conditions physiques, ou bien pour retirer toute échappatoire aux derniers récalcitrants et les convaincre des beautés de l’art chorégraphique, il y a encore plus fort : Le Temps d’Aimer.

Contre l’uniformité, qui met les esprits au même diapason, contre le bon ton, qui classe les esthétiques et les hommes, et ne les réunit pas, fidèle à sa ligne artistique et à une vision polyphonique du monde, ce rendez-vous exécute un véritable tour de force : la fraternité du grand écart.

Une périlleuse gymnastique placée du côté du cœur, dont le but consiste à faire découvrir et apprécier la danse sous ses multiples aspects, même à ceux qui ne sentent pas la vocation au martyr. Car on peut jouir au Temps d’Aimer d’un plaisir goulu, sans risquer une déchirure, ou finir brisé, moulu. En somme, au milieu des rêves et des désirs, on y trouve l’avantage de faire le grand écart, sans ses inconvénients.