l’art de la danse

L’école d’art des Rocailles a beau être bien pourvu en matériel audiovisuel, l’intitulé de la master class s’est érodé avec le temps. Pour ce cinquième partenariat avec le festival le Temps d’Aimer, il ne s’agit donc plus de « filmer la danse » mais de laisser des étudiants d’art exprimer librement leurs ressentis. Dans des palettes artistiques qu’ils choisissent, mais dans les six jours qui suivent le début du stage avec, tout de même, « obligation de restituer » siffle la directrice de l’école, Delphine Etchepare.

Ambiance bouclage donc, hier soir, pour la dizaine d’artistes qui présenteront ce soir, à 17h à l’école d’art, leurs sentiments du moment, les restes d’un festin de danse, qui n’est donc plus documentaire mais dans une expression artistique pleine, encadrée cette année par le photographe Jérôme Schlomoff et le réalisateur Julien Gourbeix. Sous ce double parrainage visuel, et malgré la tentation de récupérer les traces d’un réel, empreintes graphiques déjà mises en scène, les résultats sont très hétéroclites, depuis le poème jusqu’au bas-relief.
Il y a bien Léo, élève du BTS audio-visuel de Cassin, qui tente la petite forme documentaire dans un mouvement vers les cieux. Mais Margaux Duret, qui partage la même formation, n’a pas osé le compte rendu et recherche l’objet artistique dans la superposition des images, gestes de danse empilés qui finissent par définir paradoxalement des traits de mouvements purs. « Certains travaillent sur un geste, d’autres sur le côté évènementiel du festival » résume Julien Gourbeix. L’important est de définir ce que l’artiste a envie de transmettre au spectateur. Une étape essentielle de cette formation, qui permet l’élaboration du projet, après avoir bien sûr récolté une matière brute en fréquentant les spectacles, les studios de répétions et les alentours du festival. Les élèves sont juste accompagnés par les deux artistes invités dans le sens choisi.

Expérience de la pratique
« Ils ne sont pas là pour transmettre leur savoir mais pour encadrer, avec l’expérience de la pratique, comme des pédagogues » nuance d’ailleurs Delphine Etchepare. « On les aide, on les pousse, on partage nos compétences techniques mais il y a aussi un vrai échange » explique Jérôme Schlomoff, au terme des cinq premiers jours de travail. Le photographe, installé à Amsterdam, a par exemple confié sa technique de sténopés à Nora Idieder, élève des rocailles. Il s’agit de saisir des images en pause longue d’une minute et de les monter en film, façon time laps, en 25 images par seconde. En retour de son cadeau, Jérôme Schlomoff a récolté un nouveau savoir sur la prise de vue en numérique, lui qui préfère encore la pellicule. Et Nora a obtenu une restitution chorégraphique de ses images. Ce dialogue s’est aussi installé entre les deux artistes qui mènent cette master class et ne se connaissaient pas. Julien est un habitué de ces formules, notamment pendant le Temps d’Aimer où il intervient au titre d’un partenariat entre l’école d’art et l’association Artistes & associés de Biarritz. Jérôme intervient régulièrement dans les écoles d’art et fait de ces rencontres et de ces échanges artistiques un axe important de son travail personnel. L’important est d’en donner le goût aux étudiants. L’an passé, au terme de la Master Class du Temps d’Aimer, trois étudiants ont continué à travailler ensemble. D’où l’intérêt de diversifier les supports artistiques et d’ouvrir le stage à de vastes horizons. Les élèves viennent aussi, cette année, de Tarbes, de Poitiers ou d’Angoulême par la grâce de cette Nouvelle Aquitaine. Les disciplines développées sous ces latitudes sont parfois bien éloignées du pôle image de Biarritz. L’exposition rendra compte ce soir de cette intense liberté d’expression qui a animé ces six jours créatifs. Marie-Clarisse mène une réflexion sur la musique classique et le hip-hop et livrera un work in progress. Sabine exposera une fresque de ses croquis de danse et d’architecture de Biarritz. Thomas de petits livres façon roman-photo avec de vraies répliques, Merieme dessine sur des aplats de couleurs qui figurent des postures de danse. Pour Jérémy, c’est plus compliqué. Il a écrit tous les jours, des poèmes, qu’il installe avec un film dont l’image est dégradée. Emma aussi présentera une série de tableaux vidéos, hantés d’ombres et de reflets. Et Pablo ce bas-relief empreint de ses pas de danse sur des rouleaux de pelouse. « Ils ont été traversés par ce qu’ils ont vu » résume Julien Gourbeix.

Rémi Rivière