Géo-poétique de la danse

Ce n’est, forcément, qu’une question de hasard mais le hasard a aussi ses raisons. Le Temps d’Aimer la danse présente cette année deux créations basques qui puisent leur inspiration dans le relief environnant, côté montagne et côté mer. Une vraie pub du Conseil départemental, si l’on n’y prêtait garde. Côté mer, la chorégraphe Pantxika Telleria a pris appui sur la digue de l’Artha, à SaintJeandeLuz, pour trouver un refuge de granit et un élan d’horizon. Côté montagne, Johanna Etcheverry a interrogé l’Artzamendi à Itsasu, ses abruptes, ses rondeurs, son monde souterrain qui ruisselle. Une tendance paysagère dans la création contemporaine basque comme une première réponse, peutêtre, au flux touristique incessant qui martèle que “c’est trop beau chez vous, vous ne vous rendez pas compte”. Mais l’écho se moquerait de la question naïve par une affirmative si éloquente. La réponse de Johanna Etcheverry, qui présentera ce soir Pasaia Sumatuak / Paysages entrouverts, est dans le lien avec la culture que renvoient les falaises de la montagne basque.

Estce que notre environnement influe sur nos corps ? Quel est notre lien avec la nature ? Comment interroger un lieu sur scène ? La chorégraphe joue la partition d’un lieu, de sa magie et de ses formes, une géographie de la danse, géopoétique qui s’inspire du ressenti et de la perception d’un parage. La réflexion nourrit depuis toujours la danse, qui n’est d’ailleurs que possession d’un espace. Mais pour Johanna Etcheverry et la compagnie Traversée, il ne s’agit pas d’investir un lieu mais d’en révéler la substance, digérée par les sensations, retranscrite par la matière chorégraphique. De transposer la perception d’un lieu sur scène, un morceau de montagne basque dans sa fraicheur intacte, ses odeurs, son vent, ses mystères frémissants, sa force qui rejaillit, ses pottok incrédules et ses vautours qui n’en perdent pas une miette. L’aprèsmidi d’une faune, d’une flore et d’une géologie, dans une approche contemplative, qui ralentit le mouvement. Une expérience de contemplation comme on n’en fait plus.

Courants telluriques 

Dans un jeu de lumière et de musique en direct, trois danseuses dessinent les courants telluriques qui les ont traversées. La culture est là, dans cette intention jamais démentie de la compagnie Traversée qui tirait déjà, avec Mizel Théret, les fils de la culture dans la danse basque. Et les silences, les ressentis invisibles, étirent le temps et laissent déferler une nature pleine qui souligne notre humanité. “C’est ce rapport que notre compagnie interroge toujours” boucle Johanna.

Une idée aussi vieille que l’Homme et que l’on retrouve d’ailleurs dans le paysage façonné de Pantxika Telleria. Cette luzienne s’est servie de son environnement, la digue de l’Artha, pour éprouver le flux humain, le reflux et le droit de s’arrimer. Une manière, pour la compagnie Elirale, d’aller audelà de ce mur protecteur qui barre la perspective de la baie et peut être d’investiguer un nouvel horizon. La pièce Artha, qui sera créée mardi, est une géographie de l’humain, dont le décor est symbole, prétexte à un ailleurs des corps. Une précaution que n’ont pas pris deux autres chorégraphes basques, Matxalen Bilbao et Amaia Elizaran. La première, figure de la danse contemporaine basque, présentera aujourd’hui sur la place Bellevue Fugas, une réflexion sur la notion de groupe dans un paysage à couper le souffle. La seconde présentera dimanche un duo Block, évocation de corps contraints qui organisent la résistance. Il ne faudra pas y voir l’évocation de l’église SainteEugénie qui servira de décor fortuit.

Rémi Rivière