Expression Baroque

Marie-Geneviève Massé a ses habitudes au Temps d’Aimer. Elle y trouve même, semble t-il, une source d’inspiration pour conjuguer au présent son émotion des temps anciens, du temps « de la belle danse ». Depuis 10 ans, elle vient y créer sous le regard complaisant du maître des lieux, Thierry Malandain. Ce soir, le Casino Municipal verra sa troisième création à Biarritz, un vrai conte de fée avec l’adaptation de Peau d’âne popularisé par Charles Perrault.

Une histoire hors du temps qui, justement, « évolue avec les époques ou avec les personnes qui la racontent » relève Marie-Geneviève Massé. Une intrigue de coucherie incestueuse au sein d’une famille couronnée qui, par essence, doit davantage faire frémir les tapis de Buckingham Palace que le biarrot moyen. Mais un récit qui « peut se personnaliser » insiste Marie-Geneviève Massé, « sans en dénaturer le contenu ». Et en gardant justement le fond baroque qui nous intéresse ici. Car pour Marie-Geneviève Massé, cette danse baroque, dont elle est depuis trente ans l’un des plus beau étendard, contient ses germes d’intemporalité, ou d’éternité. Une question d’émotion qu’elle partage sans retenue, avec générosité, bien loin de cette coterie éclairée figurant une élite musicale sur ces fameux tapis frémissants. Comme pour cette peau d’âne, joyeuse et féérique, la danse baroque peut évoluer avec le temps ou avec les personnes qui la racontent.

Marie-Geneviève Massé est une chorégraphe d’aujourd’hui, qui utilise les mots d’un autre temps pour écrire de nouvelles pages. Avec cette grammaire et ce vocabulaire qu’elle a choisi, elle a trouvé son propre style, bien loin des canons du XVIIe siècle ou de ce qui illuminait les journées du Roi Soleil. La meneuse de la Compagnie l’Éventail en sait quelque chose, pour avoir fait revivre la danse baroque dans la galerie des glaces de Versailles. Avec une minutie d’historienne, en recherche constante des portées oubliées, elle revendique la belle danse au XXe siècle, comme il y a de beaux arts ou une belle musique. Pas par devoir ou mission archéologique, mais par envie sincère de partage, dénué d’artifice. La fable devient joyeuse dans une musique qui sert d’abord la narration, tantôt académique et baroque, puisqu’il faut bien qu’un prince se montre sur scène, tantôt anachronique comme ce célèbre I feel pretty tiré de la comédie musicale West Side Story. Curieux, la rythmique de ce morceau d’anthologie correspond à celle d’un passe-pied sautillant, preuve que ce présent qui renouvelle est une expression baroque.

Rémi Rivière