« Danser ces pièces, c’est les faire vivre »

Robert Swinston est directeur artistique du Centre National de Danse Contemporaine d’Angers, il fut l’assistant de Merce Cunningham, « le père » de la danse moderne et proposera ce soir au casino un Event.
Vous avez été  l’assistant de Merce Cunningham. Comment l’avez-vous rencontré ?
J’étais danseur avec la compagnie de Jose Limon. C’était dans les années 1970 et j’allais régulièrement voir les spectacles de la compagnie de Merce Cunningham. Une compagnie dans laquelle j’avais des amis. Un jour on m’apprend qu’une place se libère. J’ai foncé au studio de Cunningham, j’ai étudié et assez rapidement j’ai été invité en tant que danseur dans la compagnie. Puis  je suis devenu son assistant. La rencontre s’est déroulée en 1980 et j’ai dansé avec lui jusqu’à sa mort en 2009. C’est alors que je suis devenu directeur chorégraphique de la Merce Cunningham Dance Company. Nous avons tourné pendant deux ans à travers le monde avant sa dissolution. Ensuite j’ai postulé pour devenir directeur du CNDC dont je suis actuellement le directeur artistique.
Faire partie de la compagnie de Cunningahm à New York dans les années 1980, c’était comment ?
Oh ! C’était très vivant, très riche. Cunningham créait deux ou trois pièces par an ! C’était un grand artiste avec un rythme de travail très intense, beaucoup d’engagement. Et puis il y avait le travail avec le compositeur John Cage qui était le philosophe du groupe. On tournait beaucoup au Etats-Unis et en France aussi.  Il faut dire qu’en France il était particulièrement apprécié.
Assistant de Cunningham, vous avez créé avec lui les Events. Pourriez-vous expliquer ce que c’est qu’un Event ?
Un Event c’est un collage d’extraits de pièces ou de pièces intégrales. L’ordre change à chaque représentation. Chaque Event est différend puisqu’il dépend de l’espace où il est donné. Il faut savoir que le répertoire de Cunningham est énorme. Pour le travail avec le CNDC, j’ai choisi tout le répertoire situé entre 1965 et les années 1980. Parce que ces années là c’est intégralement le travail personnel de Cunningham. Après, dans les années 1990 il a commencé à créer sur ordinateur. Ce sont ses premiers travaux, les plus intéressants, que j’ai choisi de transmettre au CNDC.
On dit que dans l’Event, l’ordre des pièces se décide en lançant des dés. C’est vraiment le hasard qui décide ?
En partie oui. Pour Cunningham le processus de création des danses était basé sur le hasard. Moi, je fais des choix pratiques, logiques, souvent liés à l’espace du lieu où se déroule la représentation. Ce que j’aime aussi c’est jouer avec le tempo, changer le caractère de la danse en utilisant le rythme, en alternant des sections rapides avec d’autres plus lentes. Après il y a des choix qui sont liés à des contraintes pratiques. Je dispose de huit danseurs quand dans la compagnie Cunningham il y en avait 14 ou 15.
Quel sens y a t-il au fait de continuer à jouer du Cunningham aujourd’hui ? C’est pour préserver son œuvre ? Pour lui rendre hommage ?
Non. L’hommage a été fait un peu après sa mort. Trois plateaux tournaient simultanément, ce fut le dernier spectacle de la compagnie.
Non, non ce n’est pas un hommage, il s’agit maintenant d’une continuation. La danse c’est le mouvement, continuer à faire danser ces pièces c’est les faire vivre. Elles se transforment, se développent. Ce n’est jamais pareil. Par exemple les interprètes français ont une vision des chorégraphies différentes de celles des américains. Leur expression est unique.
D’autre part, une grande partie du travail de Cunningham n’est pas visible. Même ceux qui l’adorent n’en n’ont vu qu’une partie.
Est-ce que l’Event qui sera présenté à Biarritz a une spécificité ?
Oui, oui. L’ Event est adapté en fonction du lieu où l’on se produit mais aussi de la distribution. En l’occurrence pour celui-ci j’ai fait des choses spécialement autour de la présence de la danseuse Catarina Pernao.
Giuliano Cavaterra